Antigravity 2.0 vs Claude Code

 

Contexte: Lors de la conférence Google I/O du 19 mai dernier, Google a annoncé en grande pompe la sortie d’Antigravity 2.0. L’objectif de la firme est clair : rattraper son retard sur Claude Code.

Étant spécialisé sur Google Cloud Platform (GCP) depuis des années, cette annonce m’a particulièrement intéressé. Mon but idéal serait de regrouper toutes mes tâches, y compris le développement, au sein du même écosystème Google. J’ai donc testé Antigravity en ligne de commande (CLI) pour le comparer à Claude Code, dans l’espoir de pouvoir faire la bascule. Voici mes premières impressions.

Les grandes promesses de Google

Durant la conférence, Google a mis en avant trois arguments majeurs :

  • Une vitesse d’exécution multipliée par 12 : Grâce à l’optimisation du modèle Gemini Flash 3.5, Google promet une vitesse bluffante de 290 tokens par seconde. Pour ceux qui ont connu Antigravity 1, c’est un point crucial, car la lenteur de la première version dégradait fortement l’expérience utilisateur.

  • Des coûts réduits : C’est un tacle direct à Claude Code, dont c’est le principal point faible. Beaucoup de développeurs voient leur consommation de tokens exploser et se retrouvent bloqués pendant des heures après avoir atteint leur quota. (Même si, pour être juste, le problème vient souvent des développeurs eux-mêmes, qui utilisent des modèles très lourds comme Opus pour de petites tâches ou de trop longues discussions).

  • La parallélisation des sous-agents : L’agent principal découpe le travail, et chaque sous-agent s’occupe d’une tâche dans son propre espace. Sur le papier, le concept est très intéressant, car chez les concurrents, le travail se fait de manière séquentielle. Cela renforce donc la promesse de rapidité.

Mes premières impressions après trois jours d’utilisation

Au premier abord, l’outil est plutôt séduisant :

  • L’interface utilisateur (UI) : Elle ressemble énormément à celle de Claude Code (les astuces pendant les temps d’attente, l’appel des outils…). C’est clairement un copier-coller.

  • La rapidité : La promesse est tenue. On sent immédiatement que le LLM génère les tokens à toute vitesse et met très peu de temps à répondre.

  • Les fonctionnalités : Google a intégré la plupart des éléments qui ont fait le succès de Claude, comme les skills, les hooks et le mode « plan ».

Le désenchantement : ce qui manque face à Claude Code

Malgré ce bon démarrage, on déchante assez vite. Il manque à Antigravity plusieurs points forts de Claude qui facilitent grandement la vie des développeurs au quotidien :

  • Aucune customisation par dossier : Un développeur travaille rarement sur un seul projet (repo). Chaque projet a ses spécificités et nécessite des réglages différents. Avec Claude, je peux autoriser certaines commandes sur un projet A mais pas sur un projet B, imposer le mode « plan » par défaut ou encore choisir un LLM spécifique par dossier. On peut même partager cette configuration en équipe sur GitHub ou GitLab. Tout cela est impossible avec Antigravity.

  • Un assistant trop scolaire : Le LLM de Google est très rapide, mais il se comporte plus comme un serviteur obéissant que comme un véritable partenaire doté d’un esprit critique. Par exemple, si je lui demande dans mes instructions (gemini.md) de toujours me proposer un plan, il le fera à chaque fois, même quand c’est inutile. Résultat : je dois constamment rester en veille pour valider des évidences. Google a tendance à surentraîner ses modèles sur le respect strict des contraintes, là où Claude sait cerner l’intention derrière la règle et l’appliquer intelligemment au bon moment.

  • Les sous-agents sont parallèles, mais pas le travail : En développement, on gère souvent plusieurs tickets en même temps. Pour répondre à ce besoin, Claude Code propose l’option --worktree, qui crée une copie du dossier en coulisse pour que chaque session de travail soit isolée. Sur Antigravity, il faut faire ce git worktree manuellement à chaque fois. D’ailleurs, détail frustrant : dans la CLI, il est impossible de récupérer une ancienne discussion pour la continuer, on ne peut reprendre que la toute dernière.

  • L’absence de commande vocale : Quand on code toute la journée, on en a parfois marre de rédiger des prompts. Claude propose une commande /voice très pratique pour parler à l’agent de vive voix. Si les worktrees et le mode vocal existent techniquement dans l’écosystème d’Antigravity, l’outil en lui-même ne semble pas pensé pour l’ergonomie des développeurs, car il sépare trop l’utilisateur de son code.

  • Le mode « plan » : le grand écart entre les deux outils: Ce qui a fait le succès de Claude Code, c’est indéniablement son mode plan, en particulier lorsqu’il est couplé au modèle Opus. Quand on développe avec un agent, il est indispensable de s’accorder sur la marche à suivre avant de foncer tête baissée dans le code. Claude met le paquet sur cet aspect :

    • On peut lui assigner un modèle très puissant (comme Opus) spécifiquement pour cette phase de réflexion.

    • Il permet d’ajuster l’effort de l’IA (le curseur entre l’intelligence et la rapidité) en fonction de la complexité de la tâche et de notre satisfaction vis-à-vis du plan proposé.

    • Pour les tâches les plus lourdes, on peut même basculer sur une interface web dédiée pour profiter d’un mode plan ultra-raffiné.

    À l’inverse, le mode plan d’Antigravity 2.0 manque d’efficacité: D’abord, il faut manuellement changer de LLM pour passer sur un modèle plus puissant à chaque fois que l’on entre en mode plan, ce qui fait perdre du temps et casse la fluidité du travail. Ensuite, l’outil propose une commande /grill-me, censée aider à la réflexion, mais qui se contente de nous bombarder de questions: C’est assez frustrant, car le but d’un mode plan est justement de nous fournir une structure claire et de nous faire gagner du temps, pas de nous faire subir un interrogatoire et forcer le LLM à poser des questions.

Conclusion: Le verdict est sans appel pour le moment : je reste clairement sur Claude Code. Cependant, les bases d’Antigravity 2.0 sont solides, et je garderai un œil très attentif sur ses prochaines évolutions.